Les rééditions de meubles et d’objets signés de grands noms du design se multiplient. Il fut un temps où seuls les originaux étaient recherchés, achetés dans les salles des ventes, aux Puces ou trouvés, par chance, lors d’un vide grenier où (de plus en plus rarement) personne ne leur accordait d’attention. Leur état portait leur histoire et leur patine était le gage de leur authenticité. Avec les rééditions, les motivations ne sont plus les mêmes. Ce n’est plus l’histoire d’un objet ou d’un meuble qui nourrit sa désirabilité mais sa forme iconique et le nom de celui qui l’a conçu, deux repères largement véhiculés par les réseaux et, ainsi, facilement appropriables par les nouvelles générations. La preuve de la victoire de la culture de la forme sur la culture du fond, diront certains.
Du côté des rééditions, on connaissait les gardiens du temple, Cassina, Vitra, Ligne Roset, Cinna ou, dans un registre plus accessible, Monoprix qui a mis ses pas dans ceux de Prisunic, leader culturel du design pour tous. Aujourd’hui, de jeunes maisons d’édition se lancent aussi dans la réédition comme Petite Friture, installée à Montreuil et déjà éditrice de nombreux créateurs contemporains. La voici qui propose désormais deux assises et une chaise longue en sandows de René Herbst, un des pionniers du mouvement moderne.
On pourrait aussi évoquer le réveil de la mythique maison d’édition Ecart international (fondée en 1978 par Andrée Putman) sous l’impulsion de Pierre Yovanovitch ou encore l’engouement actuel des maisons de luxe pour les objets répertoriés. Yves Saint Laurent a réédité cinq meubles rares de Charlotte Perriand tandis qu’Hermès réédite régulièrement le mobilier de Jean-Michel Frank. Jamais les rééditions n’ont été si nombreuses et si désirables, preuve que les meubles et objets design sont désormais regardés comme des sacs ou des montres vintages : des valeurs sûres que l’on affiche comme des signes de réussite.
C’est une nouvelle relation à l’objet qui en ressort. Comprendre d’où ils viennent et avec quelle intention ils ont été conçus importe moins que les posséder. Les savoir connus et reconnus suffit pour attiser l’envie. Un design capable de traverser le temps sans jamais perdre sa désirabilité : mieux qu’un Design Durable, un design éternel.


