Anonyme et célèbre

Une chaise universelle

Dessiner une chaise a toujours été un exercice soumis aux designers. Comme un point de passage obligé. Difficile de faire mieux que ce qui existe mais pas impossible. Avec ses trois pieds, la chaise Fourmi de Arne Jacobsen s’est imposée, tout comme la Superleggera de Gio Ponti, la Plywood de Jasper Morison, la chaise à roulettes Walton en cuir nervuré et dossier bas, la chaise d’écolier Mullca 510, solide et empilable et même la chaise de jardin pliante facile à ranger. Concevoir une nouvelle chaise, ce n’est pas tant intervenir sur sa fonction (quoi de plus qu’une assise confortable et un dos soutenu ?) que sur sa forme ou ses matériaux. 

Parmi les chaises imaginées par des designers, il en est une qui ne ressemble à aucune autre. Sa particularité est de nous renseigner spontanément sur son destinataire (hormis un trône, aucun meuble n’a ce pouvoir), de n’avoir jamais été modifiée ou (pire) réinterprétée et de s’être affranchie de tout style décoratif : la chaise de metteur en scène, aussi appelée Director‘s chair. Une chaise simple en apparence par ses matériaux mais ambitieuse au point de se prendre parfois pour un fauteuil grâce à ses accoudoirs alors même qu’elle ne peut en porter la promesse de confort.

Une structure en bois avec des pieds en X, pliable pour être pratique mais capable de tendre une toile et d’assurer ainsi le maintien de l’assise et du dossier. Une chaise légère pour changer de lieu facilement. Une forme universelle aussi immédiatement lisible qu’une horloge. Une chaise dont on ignore tout de l’auteur, pensée à l’origine pour le jardin ou le camping mais qui a tout de même remporté un prix d’excellence à l’Exposition universelle de Chicago de 1893 avant de filer vers les plateaux de cinéma. Une chaise qui ne tenait pas en place.

La Director’s chair plait à tout le monde, des plateaux de tournage d’Hollywood à ceux de Bollywood en passant par les chambres d’ados et même certains salons urbains ou de vacances. Et tant pis si les metteurs en scène ne constituent pas la majorité de ses acheteurs. Son intemporalité réside dans sa retenue, sa discrétion et sa volonté de ne pas s’imposer, dans l’évidence de ses proportions et le choix de ses matériaux simples et bruts qui s’embellissent en vieillissant. Une chaise délivrée de toute appartenance à une époque qui traverse le temps sans jamais perdre de son pouvoir de séduction. Un modèle de Design Durable. 

Les bonnes pratiques

Les projets éco-responsables de l’agence d’Artagnan.

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